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Comment les choix d’emballages peuvent réduire l’empreinte carbone de la chaîne du froid pharmaceutique

Comment le choix des emballages peut réduire l’empreinte carbone de la chaîne du froid pharmaceutique | Emball’iso
En bref : selon une étude de KEDGE Business School menée par le professeur Yann Bouchery, le choix de l’emballage peut faire varier jusqu’à 2,8 fois l’empreinte carbone d’un envoi pharmaceutique à température contrôlée. Le transport de l’envoi chargé domine les émissions : une conception légère, une réutilisation effective et un repositionnement maritime sont les trois caractéristiques des emballages les moins émetteurs.

Les principaux résultats en un coup d’œil

Constat Résultat de l’étude de KEDGE
Écart entre le meilleur et le moins bon emballage L’option la plus émettrice génère jusqu’à 2,8 fois plus d’émissions que la plus performante.
Envoi de l’Allemagne vers la Chine Environ 3 à plus de 8 tonnes de CO₂e selon la technologie d’emballage.
Envoi des États-Unis vers la Chine (volume plus important) Environ 16 à plus de 40 tonnes de CO₂e selon la technologie d’emballage.
Impact du repositionnement aérien des contenants vides Augmentation des émissions totales de 11 % à 40 % par rapport au repositionnement maritime.
Principal facteur d’émissions Transport des envois chargés, qui représente la grande majorité des émissions totales dans tous les scénarios.
Facteur d’emballage le plus déterminant Poids de l’emballage.

Pourquoi l’emballage compte-t-il dans les émissions de la chaîne du froid pharmaceutique ?

L’industrie pharmaceutique fait face à un double défi. Les fabricants doivent acheminer en toute sécurité des médicaments sensibles à la température (vaccins, produits biologiques, thérapies cellulaires et géniques, médicaments spécialisés) tout en respectant des exigences strictes de température. Dans le même temps, ils subissent une pression croissante pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) sur l’ensemble de leurs chaînes d’approvisionnement.

Le transport est l’un des principaux contributeurs à l’empreinte environnementale du secteur, en particulier lors de la phase de prédistribution, lorsque les produits sont acheminés des sites de fabrication vers les centres de distribution régionaux, souvent par fret aérien afin de respecter des délais exigeants.

Une étude récente du professeur Yann Bouchery, de KEDGE Business School (docteur en génie industriel de l’École Centrale Paris), propose une méthodologie améliorée pour mesurer les émissions des envois sensibles au temps et à la température. Son message essentiel pour les entreprises qui souhaitent réduire leurs émissions de scope 3 est clair : toutes les solutions d’emballage pour la chaîne du froid ne se valent pas, et leur conception comme leur gestion font une différence significative.

Pourquoi est-il si complexe de mesurer les émissions du transport pharmaceutique ?

Les méthodes traditionnelles de comptabilité carbone se concentrent généralement sur le transport ainsi que sur la production et l’élimination des matériaux d’emballage. Elles négligent souvent les réalités opérationnelles des systèmes d’emballages réutilisables. L’étude de KEDGE met en évidence trois facteurs qui méritent davantage d’attention :

  1. Les taux réels de retour. De nombreuses évaluations supposent que 100 % des emballages réutilisables sont retournés. En pratique, les contenants peuvent être perdus, conservés par les clients ou endommagés avant d’atteindre leur durée de vie prévue.
  2. Les conceptions pliables. Certains systèmes réutilisables se plient, ce qui réduit fortement l’espace occupé par les contenants vides lors de leur repositionnement. Cela peut avoir un impact important sur les émissions, notamment pour le transport maritime, mais cet aspect est rarement pris en compte dans les calculs classiques.
  3. Le repositionnement des contenants vides. Le déplacement des contenants vides entre les centres de service génère des émissions supplémentaires difficiles à quantifier. L’étude propose une méthode plus robuste pour les mesurer et les répartir au sein des réseaux d’emballages réutilisables.

La prise en compte de ces facteurs permet d’obtenir une vision plus réaliste des émissions sur le cycle de vie des envois pharmaceutiques à température contrôlée.

Comment mesurer les émissions des emballages pour la chaîne du froid ?

La méthodologie évalue les émissions selon trois catégories :

  • Émissions fixes : extraction des matières premières, fabrication de l’emballage, positionnement initial et traitement en fin de vie. Pour les solutions réutilisables, elles sont réparties sur le nombre réel d’utilisations du contenant au cours de sa durée de vie.
  • Émissions variables liées à l’emballage : préconditionnement, transport vers et depuis les centres de service, remise en état, retours et repositionnement. Elles varient selon la manière dont les emballages sont gérés au sein du réseau.
  • Émissions liées au transport des produits : acheminement des produits pharmaceutiques depuis le site de fabrication jusqu’à leur destination dans la chaîne d’approvisionnement de prédistribution.

Quels facteurs déterminent l’empreinte carbone d’un envoi pharmaceutique ?

Le transport de l’envoi chargé est le facteur dominant. Dans tous les scénarios analysés, il représente la grande majorité des émissions totales. De faibles différences de poids entre les emballages peuvent donc avoir des conséquences importantes sur de longues distances parcourues par avion.

L’étude a examiné deux scénarios représentatifs : un envoi de l’Allemagne vers la Chine et un envoi plus volumineux des États-Unis vers la Chine. Malgré leur différence d’échelle, les deux aboutissent à des conclusions très similaires : le choix de l’emballage n’est pas seulement une décision opérationnelle, mais aussi une décision stratégique en matière de durabilité, qui a un impact direct sur la performance des émissions de scope 3.

Quelles sont les trois caractéristiques d’un emballage bas carbone ?

1. Une conception légère

Le poids apparaît comme le facteur le plus déterminant. Les émissions du fret aérien étant directement liées au poids de l’envoi, réduire la masse de l’emballage permet de diminuer les émissions totales. L’étude a mis en évidence une forte corrélation entre l’efficacité pondérale et la performance carbone : les solutions les plus légères ont systématiquement obtenu de meilleurs résultats que les plus lourdes.

2. La réutilisation

Les emballages réutilisables répartissent les émissions liées à leur fabrication sur plusieurs cycles d’expédition, ce qui réduit l’impact de chaque utilisation. Toutefois, la performance opérationnelle réelle compte davantage que la durabilité théorique : les taux de retour et les pratiques de gestion des emballages déterminent en grande partie les bénéfices carbone effectivement obtenus.

3. Le repositionnement maritime

Un système réutilisable n’atteint son plein potentiel que si les contenants sont repositionnés efficacement. Le repositionnement maritime des emballages réutilisables génère nettement moins d’émissions que les systèmes reposant sur le transport aérien, qui peut augmenter les émissions totales de 11 % à 40 % selon les caractéristiques de l’envoi et la conception de l’emballage. La durabilité dépend donc non seulement de la conception de l’emballage, mais aussi du modèle opérationnel qui le sous-tend.

Qu’est-ce que le taux de repositionnement et pourquoi est-il important ?

L’étude introduit le taux de repositionnement, qui mesure l’intensité des opérations de repositionnement au sein du réseau de service d’un fournisseur d’emballages. Les flux pharmaceutiques mondiaux sont rarement équilibrés : des contenants s’accumulent dans certaines régions tandis que des pénuries apparaissent dans d’autres, ce qui rend leur repositionnement nécessaire.

Les prestataires qui équilibrent efficacement leurs réseaux et limitent le repositionnement aérien sur de longues distances peuvent réduire significativement les émissions sur le cycle de vie. Des réseaux d’emballages mal optimisés peuvent réduire, voire annuler, certains avantages environnementaux de la réutilisation. Pour les entreprises pharmaceutiques qui évaluent leurs fournisseurs, ces paramètres opérationnels sont aussi importants que la performance thermique ou le coût d’acquisition.

Qu’est-ce que le facteur de poids standardisé ?

Le facteur de poids standardisé est un indicateur qui mesure le poids de l’emballage par rapport à son volume utile. Il permet aux expéditeurs de comparer concrètement l’efficacité pondérale de différents formats et tailles d’emballages.

Un facteur de poids standardisé plus faible signifie qu’une solution peut transporter un volume de produits plus important avec une masse d’emballage moindre. L’étude a établi une forte corrélation entre cet indicateur et la performance carbone globale. Il constitue donc un outil utile pour présélectionner les emballages, sans devoir réaliser une analyse complète du cycle de vie pour chaque scénario d’expédition.

Comment les entreprises pharmaceutiques peuvent-elles réduire les émissions de la chaîne du froid ?

Les exigences en matière de reporting environnemental se renforcent, les investisseurs accordent une attention croissante aux émissions de scope 3 et les clients attendent davantage de transparence. Les résultats de l’étude suggèrent six actions concrètes :

  • Privilégier les solutions d’emballage légères.
  • Prendre en compte les émissions sur l’ensemble du cycle de vie, et pas uniquement le coût d’acquisition.
  • Évaluer les taux réels de retour et la performance de réutilisation.
  • Examiner la manière dont les emballages réutilisables sont repositionnés au sein des réseaux des prestataires.
  • Privilégier le repositionnement maritime plutôt qu’aérien.
  • Intégrer des indicateurs de performance carbone dans les décisions d’achat d’emballages.

Surtout, l’étude montre qu’il est possible de réduire considérablement les émissions sans compromettre la protection des produits.

Perspectives

La performance environnementale devient aussi importante que la performance opérationnelle dans la logistique pharmaceutique. Les solutions les plus durables associent une conception légère, la réutilisation, une gestion efficace du réseau et un repositionnement à faibles émissions. Pour les fournisseurs d’emballages, ces éléments constituent une feuille de route pour l’innovation ; pour les entreprises pharmaceutiques, ils offrent un cadre d’aide à la décision. Pour réduire les émissions de la chaîne du froid, il ne suffit pas de considérer la manière dont les médicaments sont transportés : il faut également prendre en compte les systèmes d’emballage qui garantissent leur acheminement en toute sécurité.

Questions fréquentes

Dans quelle mesure l’emballage peut-il modifier l’empreinte carbone d’un envoi pharmaceutique ?

Selon l’étude de KEDGE Business School, l’option d’emballage la plus émettrice génère jusqu’à 2,8 fois plus d’émissions que l’alternative la plus performante.

Quelle est la principale source d’émissions dans le transport pharmaceutique à température contrôlée ?

Le transport des envois chargés représente la grande majorité des émissions totales dans tous les scénarios étudiés, ce qui explique l’influence importante du poids de l’emballage.

Les emballages réutilisables ont-ils toujours une empreinte carbone plus faible ?

Pas automatiquement. Leur bénéfice dépend des taux réels de retour, de la gestion des emballages et de la manière dont les contenants vides sont repositionnés. Des réseaux mal optimisés peuvent réduire ou annuler les avantages de la réutilisation.

Vaut-il mieux repositionner les contenants réutilisables par mer ou par avion ?

Par mer. L’étude montre que le repositionnement aérien peut augmenter les émissions totales de 11 % à 40 % par rapport au repositionnement maritime.

Un emballage à plus faible empreinte carbone compromet-il la protection du produit ?

Non. L’étude montre qu’il est possible de réduire considérablement les émissions sans compromettre la protection des produits.

Qu’est-ce que le facteur de poids standardisé ?

Il s’agit d’un indicateur qui compare le poids de l’emballage à son volume utile. Une valeur plus faible est associée à une meilleure performance carbone et permet de présélectionner rapidement les solutions d’emballage.

À propos de l’auteur

Yann Bouchery est professeur associé en management des opérations et membre du Center of Excellence in Supply Chain de KEDGE Business School. Il est titulaire d’un doctorat en génie industriel de l’École Centrale Paris, possède 15 ans d’expérience dans les opérations durables et est coéditeur de l’ouvrage « Sustainable Supply Chains: A Research-Based Textbook on Operations and Strategy ».

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